Thierry Thieû Niang Danses d’aujourd’hui

Ariane Ascaride, les ailes de la mémoire

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Il y a deux étés, à Avignon, elle avait participé au cycle de la SACD « Le sujet à vif ». Une demie-heure personnelle. Marie Desplechin était là, déjà. Thierry Thieû Niang aussi. Tous les trois ont repris ce moment délicat nourri des souvenirs de la belle Marseillaise. A voir à la Maison des Métallos le spectacle s’intitule Touchée par les fées.

De plein jour à nuit. Du Jardin de la Vierge au Lycée Saint-Joseph d’Avignon, à 11h du matin, à la nuit d’un théâtre.

Deux ans ont passé, deux ans et plus. Les trois artisans de ce bijou délicat et profond ont repris le travail. Étoffé le propos, mis en abyme la parole.

Dans sa combinaison orange digne d’un pont de porte-avions ou d’une station service, elle surgit. Cheveux très longs et lisses, visage dégagé, regard profond, intelligent et tendre. Elle est crâne.

Elle s’adresse au public. De sa jolie voix. Beau timbre, phrasé parfait. Elle raconte Avignon justement. C’est Marie Desplechin qui a écrit pour elle. Par elle. Car ce sont les souvenirs d’Ariane Ascaride qui sont la matière profonde du texte.

Papa était coiffeur. Les grands-parents, Napolitains, s’étaient exilés aux États-Unis. Mais après un an à New York, ils ont préféré revenir vers le vieux continent et se sont arrêtés à Marseille. Autrement, dit Ariane, « je serais Meryl Streep ! ».

Papa était coiffeur, coquet et surtout comédien amateur. Il montait des spectacles avec ses amis de la Résistance. Une troupe fraternelle. Très tôt son fils et sa fille furent embarqués dans l’aventure.

On ne va pas tout raconter. Ariane a toujours rêver de voler, mais elle a le vertige. On ne va pas tout vous raconter, mais elle cache sa nature d’elfe et ne la dévoile qu’à la fin.

Une fée. Wendy ou la Fée Clochette. L’Ariel de Shakespeare. Les créatures ailées de Fairy Queen. On entend un peu de Purcell. Mais on entend aussi les Chœurs de l’Armée Rouge car papa était communiste.

On voit des photographies. On voit la jeune Ariane tout près de Rudolf Noureev. On devine, à la fin, mais c’est loin, des images des spectacles. Elle figure sans doute auprès de son père sur ces photographies. Mais on ne distingue rien vraiment. Peu importe.

Ariane Ascaride parle aussi de sa mère. Une femme qui supporta des années de silence, des années sans une parole échangée avec son mari... Une femme qui perdait un peu la tête, une femme qui avait beaucoup d’imagination. Marie Desplechin a transcrit les confidences d’Ariane Ascaride avec beaucoup de tact et de puissance mêlées. Irrésistible et déchirant.

Ce qui est très beau, ici, c’est que tout est très finement réglé. Le travail de Marie Desplechin est subtil et précis, comme celui de Thierry Thieû Niang qui a développé les moments de danse et ici, avec les lumières artificielles d’un théâtre, le moment où, sortie de sa chrysalide orange, la petite reine des fées surgit, verte et dorée. Costumes de Merima Trailovic.

Ce moment de danse, dans des lumières qui sont comme de fins pinceaux, des rayons de lune et de soleil mêlés, est superbe comme est superbe le sentiment que distille Ariane Ascaride : elle a cinq ans, elle a huit ans, elle a quinze ans et c’est aussi la femme d’aujourd’hui, cette comédienne qui au théâtre comme au cinéma est d’une présence éblouissante et tendre.

Une grande qui porte son enfance unique comme les ailes transparente d’une jolie Mademoiselle Elfe.

Ajoutons l’essentiel : une heure et l’on a un objet théâtral parfait, original, plein ! On pourrait se passer d’autres spectacles pendant huit jours...

Armelle Héliot - Le Figaro - 17 février 2013

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