Thierry Thieû Niang Danses d’aujourd’hui

Du silence : Thierry Thieû Niang écrit à Patrice Chéreau

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Chorégraphe et compagnon de route de Patrice Chéreau sur ses dernières productions de théâtre ou d’opéra, Thierry Thieû Niang l’avait mis en scène dans sa création “du printemps” présentée à Valence puis à Paris. Patrice Chéreau y lisait des extraits du journal de Nijinsky et partageait le plateau avec une troupe de seniors amateurs. Thierry Thieû Niang se souvient.

J’écris pour faire résonner le silence, la douceur du souffle de l’air dans les arbres ; dans cet arbre où il rêvait de voir grimper les actrices et les acteurs de Comme il vous plaira...* Un arbre qui bougerait lentement au milieu des spectateurs…

Nous étions à côté d’Assise en Italie où il lisait Coma de Pierre Guyotat et il avait ramassé sur un chemin une feuille couleur d’or qu’il avait glissée dans un de ses livres.

« C’est pour Richard, pour le décor ! »

Le soir il a eu la surprise de voir Marianne et Jean Louis Trintignant venus en voiture d’Uzès pour le voir, l’écouter. Je les ai regardés longtemps, l’un l’autre les deux ensemble, vifs, clairs et heureux de se voir. Ils se disaient en riant qu’il fallait travailler, travailler jusqu’au bout.

Lire, écrire, dire des textes, des poèmes. Raconter des histoires.

C’est vrai qu’avec lui, par lui, en travaillant avec lui, je n’ai plus eu peur de travailler.

Et je rajoute : Le travail du vivre.

Pendant ces années au travail ensemble, j’ai partagé surtout ce que je vivais moi ; toutes les danses avec les enfants autistes, les personnes âgées, les prisonniers, tous ces inconnus empêchés et si vivants de mouvements.

Et il a regardé, curieux de tout ; il a retenu des souffles, des élans, des cercles, des présences au présent de ces gens pour continuer à les faire résonner dans son travail…

Je le connais à cet endroit là ; la présence à l’autre ; à l’autre autre.

De la maison des morts, La douleur, au bois dormant, I’m a the wind, les lieder de Wagner, La nuit juste avant les forêts, Coma, Elektra…

J’ai quitté Paris pour la tournée « du printemps » des seniors ; il devait être là en alternance avec un autre comédien pour lire des extraits des carnets de Nijinsky.

Caen, Vire, St-Ouen, Sète, même Séville où il avait sa maison…

Je fais comme il disait ; continuer à travailler, travailler les mots, les gestes, les espaces entre, les silences aussi, travailler pour les spectateurs et pour la vie qui va avec…

Ces jours prochains, je le fais pour lui… et je suis bouleversé et fier que ce soient ces femmes et ces hommes amateurs et seniors qui, sur un plateau de théâtre, pieds nus et debout, jusqu’à courir encore et encore, qui avec moi lui disent : merci, merci Patrice…

Après, en cet automne triste – après le printemps dansé – j’irai ramasser d’autres feuilles jaunes pour son arbre…et lui donnerai du silence pour se reposer…

Thierry Thieû Niang

* Patrice Chéreau se préparait à commencer les répétitions de Comme il vous plaira, de William Shakespeare, qui devait être créé à l’Odéon-Théâtre de l’Europe le 14 mars 2014.


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