Entretien avec la sensible Valéria Bruni Tedeschi

Pour « Une jeune fille de 90 ans », Prix spécial du jury au FIFF

Co-réalisé par Valéria Bruni Tedeschi et Yann Coridian, le documentaire Une jeune fille de 90 ans, remporte le prix spécial du jury et le prix du public documentaire au FIFF.

Après avoir reçu sa récompense, Valéria Bruni Tedeschi accepte un entretien improvisé sur des marches en marbre où elle choisit de se poser. Bonnet bleu en grosse laine résonnant avec des yeux d’un bleu azur, elle se concentre pour se replonger dans l’expérience de son film.

Le pitch : Une jeune fille de 90 ans est un documentaire qui s’intéresse au service de gériatrie de l’hôpital Charles Foix d’Ivry. Les cinéastes y posent leur caméra pendant les interventions de Thierry Thieû Niang, chorégraphe de renom, qui anime un atelier de danse et va emmener les malades dans son monde par le mouvement. Étonnant.

S.L : Est-ce que le prix spécial du jury n’est pas un peu la récompense d’une expérience d’un langage cinématographique différent dans le documentaire ?

V.B.T : En tous cas c’est l’encouragement à quelque chose de nouveau pour moi qui est le fait de regarder la réalité sans essayer de la tordre, sans volontarisme et de voir ce qu’il se passe.

Comment a débuté le projet ?

C’était la rencontre avec Thierry (Thieû Niang) qui m’a donné envie de le filmer. J’ai eu envie de filmer son travail.

Il faisait déjà des interventions dans le centre ?

Ça n’est pas son activité principale, il n’est pas thérapeute, il est chorégraphe, mais ça lui arrive de travailler avec des gens dans des hôpitaux.

Concernant votre démarche documentaire, êtes-vous allés plusieurs fois observer à l’hôpital ?

Non, on a parlé plusieurs fois avec Thierry, on est allés une ou deux fois à l’hôpital et on a fait confiance à la vie. On est restés une semaine avec lui, on a filmé six jours. Voilà.

La danse contemporaine, c’est une discipline que vous connaissez bien ?

J’aime beaucoup. J’aime beaucoup le travail de Thierry que je connaissais. J’apprécie la danse en général et je pense que grâce à elle on peut atteindre quelque chose en rapport avec la foi.

Blanche s’est-elle révélée à vous tout de suite ?

C’est un réveil ! Elle s’est réveillée assez vite quand elle a vu Thierry, oui.

Vous aviez déjà l’idée du personnage de Blanche au départ ?

Pas du tout, on avait aucune idée des personnages. Ils ont surgi devant nous, l’histoire d’amour est apparue devant nous.

L’histoire s’est créée devant vous ?

Oui ça s’est créé, dans les cinq jours, devant nous.

C’est beau…

Oui, c’était un miracle !

Comment cela s’est-il passé avec les autres pensionnaires, cette espèce de jalousie qui traîne vis-à-vis de Blanche et de sa relation avec Thierry ?

Ça s’est passé comme ça… S’il n’y avait pas eu l’histoire d’amour de Blanche, je pense que cela aurait été un film quand même car les personnages existent. Il aurait été différent car il n’aurait pas été tendu par l’histoire romanesque, mais ça aurait été un film avec plein de personnages incroyables comme surgis de pièces de théâtre, de Tchekov, de Ionesco… Voilà, il se passait plein de choses.

Votre documentaire est très différent des autres, c’est rare de voir un film qui ose utiliser une grammaire cinématographique avec un langage particulier qui est celui de la danse, des non-dits…

C’est Thierry qui nous a amené vers la possibilité de s’approcher de toutes ces personnes.

Avez-vous beaucoup tourné, y avait-il beaucoup de matière à dérusher ?

On a tourné six jours. Je ne me souviens plus combien d’heures de rushes on avait. J’ai travaillé avec la monteuse Anne Weil avec qui je travaille d’habitude. Elle est fantastique. Je trouve que la monteuse est encore plus scénariste du film dans le documentaire. Elle a effectivement beaucoup dérushé mais parfois on tournait 4,5 heures par jour parce que les gens étaient fatigués. Ça n’était pas de grosses journées de travail.

À quel moment vous est apparu le film ?

Il s’est senti tout de suite à partir du moment où on a vu tous ces personnages. On était excités d’être là et ensuite quand on a vu cette femme regarder Thierry de cette façon-là. On a ressenti qu’il se passait quelque chose qui aurait été le récit du film, que le film ne serait plus seulement une chronique mais deviendrait un réel récit proche de la fiction, malgré nous.

Je la remercie de m’avoir accordé ce moment paisible dans le tumulte de la soirée. Elle me remercie à son tour et part fumer une cigarette attendue.

Propos recueillis par Stéphanie Lannoy - Madame fait son cinéma - 6 octobre 2016

Voir en ligne : Retrouvez cet entretien sur le site Madame fait son cinéma

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