Georges Banu

L’œuvre d’un metteur en scène ne se réduit pas aux spectacles, mais intègre aussi son aptitude à diriger une équipe, une institution : elle en définit certains, parmi les plus grands.

Que serait Jacques Copeau sans le Vieux-Colombier, Peter Stein sans la réussite de la Schaubühne (Berlin), Mnouchkine sans la Cartoucherie ? Leur identité intègre cette pensée de l’institution et du collectif. Elle atteste une vocation de bâtisseurs qui s’ajoute à leurs vertus de créateurs.

Tout artiste, loin de là, ne s’attelle pas vraiment à pareille entreprise et, aujourd’hui, il sera important de déceler les vrais dévoués à l’exercice du pouvoir théâtral comme complément au travail théâtral. Exercice difficile !

Se tromper de distribution procure de la confusion et, souvent, de la déception. Pour les décideurs comme pour les metteurs en scène. Un attentif examen préalable s’impose. Pour éviter des erreurs, la solution provient parfois de la constitution d’un double directorial à même d’entretenir une confiance complémentaire.

Diviser les tâches et instaurer le dialogue

L’époque de gloire de la MC 93 ne s’explique-t-elle pas par le bon fonctionnement d’un même partage ? Et Avignon, dirigé par Horthese Archambault et Vincent Baudriller accompagnés par un artiste associé, ne confirme-t-il la pertinence d’un pareil dispositif ? Grâce à de tels mariages paritaires, la direction d’un organisme divise les tâches et instaure le dialogue. Elle n’a plus rien d’un monologue.

Enfin, plus radical encore, comment ne pas évoquer le modèle de la direction du Théâtre de l’Aquarium, qui n’a jamais fonctionné aussi bien que du temps de l’alliance d’une équipe triangulaire de direction ? Chacun de ses membres, une fois dispersé le collectif initial, a affirmé ses options sans retrouver l’originalité initiale.

Nous pouvons apprendre des réussites passées. Aujourd’hui il me semble qu’il serait bon de procéder à la mise en place des directions collégiales. Lorsque, de nouveau, l’esprit d’équipe ressuscite, le conforter par des nominations « plurielles » pourrait être la réponse à l’inquiétude que suscite la perspective de directions trop personnalisées.

De même, il n’est pas nécessaire d’attendre que les artistes concernés aient acquis l’autorité symbolique ou qu’ils aient exprimé un vrai désir de responsabilité institutionnelle. A l’heure des décisions, il est temps que l’imagination soit au pouvoir !

Une autre perspective se dégage ! Contraire, peut-être, mais, à mon sens, pertinente également. La perspective d’une ouverture à des candidatures européennes. Selon le modèle de l’opéra, pourquoi ne pas explorer au-delà des frontières et chercher des possibles animateurs à même de prendre en charge des institutions lourdes ?

On invite des artistes, c’est tout à l’honneur de la France, mais pourquoi ignorer es aventures de très grands directeurs d’institutions susceptibles d’ouvrir aussi bien que de renouveler la pensée de celles-ci ?

A l’heure du défi, il n’est pas interdit de se résigner à cet acte, qui a l’air transgressif, d’introduire l’étranger dans la maison. Comment ne pas rester entre soi et s’ouvrir à l’autre en tant que chance de renouvellement ? Un tel courage me semble indispensable.

Inventer et oser, voilà les deux consignes indispensables aujourd’hui lorsque se dessine le contour du futur paysage théâtral français pour les années à venir.

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