Thierry Thieû Niang

Danses d’aujourd’hui


Shakespeare dans le bain de la jeunesse

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Jean Bellorini et Thierry Thieû Niang ont fait travailler des adolescents de 9 à 19 ans. Superbe.


Une piscine. Une longue et belle piscine avec son eau bleue, à l’avant de la grande scène du Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis. À gauche, une harpe. Au fond, un grand panneau blanc et des rectangles lumineux orangés accrochés à une grille. Il y en a vingt-trois, autant que de jeunes interprètes dans cette version miraculeuse des Sonnets de Shakespeare.

Jean Bellorini, metteur en scène et musicien qui dirige le centre dramatique, et Thierry Thieû Niang, danseur et chorégraphe qui conduit depuis plusieurs années des ateliers avec les amateurs, adultes, enfants, adolescents, signent cet extraordinaire travail qui possède toutes les qualités d’un spectacle professionnel. Avec, supplément d’émotion, la grâce d’une jeunesse diverse et unie dans la discipline et la poésie.

L’eau des songes

Il faut du culot pour mettre la barre si haut, mais ces Sonnets sont le résultat d’un travail de longue patience. Les vingt-trois jeunes qui ont consacré toutes leurs vacances à répéter ont déjà participé à des spectacles et notamment à Ses Majestés, de Thierry Thieû Niang, l’an dernier. Ils appartiennent à la Troupe éphémère du Théâtre Gérard-Philipe où Jean Bellorini, depuis qu’il en a été nommé directeur en 2013, mène des actions fortes pour tous les publics.
« Ils disent les sublimes poèmes d’amour de Shakespeare avec une intelligence et une sensibilité bouleversantes ».

Ce qu’ont réussi les deux artistes, c’est à donner à la fois à chacun des vingt-trois des moments où ils sont seuls, dans le meilleur d’eux-mêmes, avec leur singularité et leur talent unique, et des moments où, unis, comme une troupe, ils dansent, ils bougent, ils jouent, ils chantent sur des compositions de Bellorini, avec une précision fluide et harmonieuse en une heure de grâce et de poésie. Ils viennent de tous les horizons. Ils ont donc entre 9 et 19 ans. Il y a des brindilles et des garçons et des filles qui ont déjà leur taille d’adulte, il y a des corps fins et déliés, et d’autres encore enrobés des moelleux de l’adolescence. Mais tous, on le devine, ont gagné une confiance et se sentent bien, malgré les timidités ou les complexes de leurs âges.
La piscine n’est pas seulement un décor. Ils plongent, ils nagent et d’ailleurs le spectacle s’ouvre par un bref film désopilant des années 1960 où l’inventeur de la machine à apprendre à nager fait une démonstration avec une petite fille qui ressemble à Zazie.

Mais, surtout, ils disent les sublimes poèmes d’amour de Shakespeare avec une intelligence et une sensibilité bouleversantes. Les tourments du grand William, ils les comprennent. Ils sont universels. Ils sont de leur âge ! L’eau est celle des songes, mais c’est celle d’Ophélie également ou de la noyée de la Seine. Assise sur une échelle, une petite fille chante un bijou signé Gainsbourg, La Noyée. À la fin aussi, un garçon chante a cappella. Déchirant.

Armelle Héliot - Le Figaro - 3 mai 2018

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