Touchée par les fées - Ariane Ascaride

Oh oui elle l’est touchée par les fées Ariane Ascaride. Il n’y a qu’à voir le public subjugué, suspendu à ses lèvres, lorsqu’elle arrive, toute menue sur le grand plateau de l’Aquarium, dans sa tenue très symbolique, en combinaison de travail ouvrier d’un rouge très communiste.

Et elle commence à parler, à se raconter, et ce petit bout de femme donne force et vie au texte que Marie Desplechin lui a concocté tellement sur mesure qu’on a l’impression qu’elle le sort spontanément d’elle-même.

Et qu’elle nous raconte les origines du spectacle, sa vie de petite fille amenée au théâtre par son père, ses émois d’adolescente, son mariage avec Robert Guédiguian qui la propulsera sur les grands écrans ou la disparition de sa mère, on la suit avec attention dans les méandres de sa pensée, un mot en amenant un autre, une réminiscence déclenchant un souvenir, et on sourit, on rit, on est ému et jamais on ne décroche.

Elle parle, elle parle, et danse aussi, et on sent l’importance que cette discipline revêt pour elle, tellement admiratrice de Noureev. Mais comme elle n’est pas danseuse, Thierry Thieû Niang lui a préparé des chorégraphies simples où sa grâce naturelle, sa souplesse, sa maîtrise du corps font merveille dans des gestes, mouvements et déplacements soigneusement étudiés.

Avec ce spectacle, Ariane semble se révéler enfin à elle-même, prendre sa vie en main, c’est elle qui décide et ce ne sont ni son père ni son mari qui la guident même s’ils ont grandement participé à ce qu’elle est aujourd’hui.

Elle est là, seule face à son public, elle se défait de cette combinaison rouge comme une mue d’où va sortir une nouvelle Ariane, peut-être ce Puck qu’elle a toujours rêvé d’incarner.

« Si nous, légers fantômes, nous avons déplu,
Figurez-vous seulement (et tout sera réparé),
Que vous avez fait ici un court sommeil,
Tandis que ces visions erraient autour de vous.
Seigneurs, ne blâmez point
Ce faible et vain sujet,
Et ne le prenez que pour un songe :
Si vous faites grâce, nous corrigerons.
Et comme je suis un honnête Puck,
Si nous avons le bonheur immérité
D’échapper cette fois à la langue du serpent
Nous ferons mieux avant peu,
Ou tenez Puck pour un menteur.
Ainsi ; bonne nuit à tous.
Prêtez-moi le secours de vos mains si nous sommes amis
Et Robin vous dédommagera quelque jour. »

Shakespeare

Nicole Bourbon - Reg’Arts - 11 mai 2015 / Photo JL Fernandez

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