Au cœur, l’enfance des rêves

À la Collection Lambert, Thierry Thieû Niang propose un spectacle qui frappe au cœur.

Ils arrivent dans le mistral qui s’engouffre par le chœur effondré de l’église de la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon. Douze enfants et adolescents, âgés de 8 à 18 ans, dont une toute petite, regard d’escarboucle et chevelure de Mélisande, une de ces petites qui méritent la lune et auxquelles on rêverait de pouvoir la donner. Ils chantent, voix légères qui rythment le simple bonheur de l’été. Ils chantent à l’orée du chœur des pères un de ces airs a cappella que la chanteuse Camille leur a écrits et qui ponctuent le spectacle. Le public, sur deux rangs le long de la nef, a le sentiment d’assister à un rituel d’innocence.

Force immédiatement sensible

Au cœur de Thierry Thieû Niang traite de cette promesse décrite par Romain Gary que l’aube vous fait à l’orée de la vie et qu’elle ne tient jamais. D’autant moins en ces jours de guerre où des cadavres d’enfants jonchent quotidiennement les images du monde, cadavres de réfugiés sur les rivages enchantés, ou bien ceux, à Nice, d’enfants venus simplement se réjouir du feu d’artifice. « Qui suis-je ? Dis-moi comment me redresser et montrer au monde que je me nourris encore d’espoir », demande la petite fille reprenant un texte de la romancière Linda Lê. Avec sa jeune troupe et un joueur de gambe, Niang construit un spectacle bouleversant.

L’épure de la scénographie de Claude Lévêque cisèle le côté têtu, rêveur et prosaïque de cet âge. Les enfants apportent leurs jouets au milieu de la nef, s’amusent à les assembler, à galoper, à sauter, à bâtir des pyramides humaines, à se soutenir, s’étreindre ou batailler.

« Qui suis-je ? Dis-moi comment me redresser et montrer au monde que je me nourris encore d’espoir. »

L’un des personnages d’Au cœur, reprenant un texte de la romancière Linda Lê.

Et toujours l’un d’entre eux s’effondre, sans raison apparente, simplement fauché par la cruauté du temps. Les autres continuent leur manège, comme la vie se poursuit, solidaires les uns des autres. Le spectacle frappe au cœur. Les douze jeunes l’interprètent sur le fil de leur innocence. C’est leur manière de souligner le doute sur le monde qu’on leur promet et de rappeler cette force considérable d’un âge qui toujours appelle des lendemains meilleurs.

La musique traduit cet entêtement et cette vulnérabilité. Et les images possèdent une force immédiatement sensible. On le sait depuis des années : Thierry Thieû Niang est un maître de délicatesse. On ne soupçonnait pas qu’il pourrait, avec ces ingrédients, atteindre une telle puissance.

Ariane Bavelier - Le Figaro - 18 juillet 2016 / Photo Christophe Raynaud de Lage

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