Avignon, fin octobre

Octobre (2019) à Avignon, vue d’une terrasse

Photo : DR.

La « Semaine d’art » a commencé sous la pluie, au lendemain de l’annonce du couvre-feu sur le Vaucluse. Mais il fait beau ce matin et les festivaliers sont au rendez-vous.

On n’allait pas ne pas être là ! On n’allait pas ne pas faire acte de présence pour saluer l’heureuse pugnacité de la direction et de toutes les équipes du festival d’Avignon. Olivier Py, Paul Rondin, mais aussi chacune et chacun, sur le pont pour ce moment unique.

L’automne sied particulièrement au trajet jusqu’à la Cité des papes : les jaunes sourds et les jaunes éclatants, les roux, les tons brûlés, les rouges ardents et la déclinaison des verts donnent aux paysages superbes de la ligne TGV des humeurs fantastiques.

Le ciel était plombé hier après-midi et explosait parfois en violentes averses… Le soir, après la représentation du spectacle mis en scène à La Fabrica, par Jean Bellorini, Le Jeu des ombres de Valère Novarina, un orage intense déchirait les lointains. On dit le soir, le soir tôt pour Avignon, puisque le département de Vaucluse étant passé à l’écarlate, l’horaire des spectacles qui se succèderont jusqu’au 31 octobre, ont été avancés de trois heures. On sort vers 20h00 de la Fabrica et, dans la ville humide et sombre, peu de monde et peu de lumière…

Mais le soleil est de retour qui éclabousse les hautes parois du palais. Ce qui change le plus par rapport à l’été ? Les martinets ! Ils ne déchirent pas le ciel d’octobre et les seuls que l’on entende sont ceux qui piaillent sur fond des trompettes de Maurice Jarre avant chaque représentation, un ajout qui date des années d’Hortense Archambault et Vincent Baudriller. Et pas de cigales à la Fabrica, faut-il le préciser.

Le Jeu des ombres est une variation sur les thèmes d’Orphée et Eurydice, avec texte, donc, de Valère Novarina et bouffées de musique et de chant, extraits de l’Orfeo de Claudio Monteverdi. Un ensemble de quatre musiciens accompagne la représentation passée de 2h30 à 2h15 depuis les premières représentations de l’été, au TNP de Villeurbanne et la diffusion par la télévision en juillet.

Au piano, Clément Griffault en alternance avec Michalis Boliakis, à l’euphonium, Anthony Caillet, au violoncelle, Barbara Le Liepvre, aux percussions, Benoît Prisset.

Une chanteuse lyrique, très présente, très envoûtante, très belle, Aliénor Feix (en alternance avec elle, Isabelle Savigny). Les paroles des airs de Monteverdi sont projetées sur le mur du fond, immense toile souvent rougeoyante qui finit par ployer, se plier impeccablement…

D’autres interprètes chantent et saluons les deux merveilleux jeunes issus des ateliers du Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis, CDN que dirigeait Jean Bellorini avant le TNP. Nous avions notamment vu ces deux jeunes dans Les Sonnets de Shakespeare, sous la fertile houlette de Thierry Thieû Niang, ici collaborateur artistique : la danse, les déplacements, l’harmonie des corps, c’est lui.

Ces deux jeunes sont Ulrich Verdoni, présence extraordinaire, voix sublime, 18 ans, il s’est remis aux études et passera son bac cette année ! Et puis Liza Alegria Ndikita, magistrale et souvent drôle.

Entrée dans la troupe après que Bellorini a travaillé avec le Berliner, d’où elle vient, grande, blonde, Anke Engelsmann impressionne, souvent féroce en sa partition ricanante avant qu’elle n’endosse une robe rose de petite Alice… Ces costumes, très savamment différents, sont signés Macha Makeiëff.

Composant un couple de vieux clowns de tréteaux, style Shakespeare revu Novarina, Mathieu Delmonté et Jacques Hadjaje s’en donnent à cœur-joie.

Clara Mayer, comme toujours, impose sa nature précise, sa liberté, comme une sorte de double des figures de Liza Alegria Ndikita. Ceci pour dire abruptement.

C’est Hélène Patarot (que Laurence Mayor remplacera parfois) qui ouvre le spectacle de sa présence naturellement bouleversante. Elle lit quelques vers des Métamorphoses d’Ovide, dans la traduction de Joseph Chamonard… et trace sa route dans l’ensemble du spectacle, frêle d’apparence et forte d’âme.

Marc Plas, qui est présenté comme l’as de carreau de cet étrange « jeu », s’épanouit dans des registres très différents jusqu’à l’arrivée aux grandes envolées terminales…Un sacré parcours qu’il suit comme un équilibriste un peu survolté qui enchante.

Il y a bien sûr un Orphée, c’est le mince et profond François Deblock – même lui chante – et il y a une Eurydice, la belle et idéale Karyll Elgrichi.

Depuis les représentations de Villeurbanne, le spectacle a pris sa fluidité, sa lumière, son poids. C’est un grand travail théâtral, très bien éclairé – Bellorini lui-même et Luc Muscillo – très bien élaboré et rythmé sur un texte de Valère Novarina qui lui aussi a connu certaines retouches.

Quant aux musiciens, intégrés au jeu, formidablement présents et inventifs, ils sont, avec le chant, la finesse d’interprétation d’Aliénor Feix, et Monteverdi, la puissance émotionnelle originale.

- La Fabrica jusqu’au 30 octobre. Puis à Sceaux, puis au TNP-Villeurbanne.

P.O.L. - Le Journal d’Armelle Héliot - 24 octobre 2020

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