Chéreau-Guyotat : émotion

Deux soirs durant, Patrice Chéreau a dit « Coma » aux Tanneurs. Magnifique.

Le grand metteur en scène français et réalisateur Patrice Chéreau adore mettre en scène de grands textes comme « La Douleur » de Marguerite Duras ou « La Légende du grand inquisiteur » des Frères Karamazov. Pour deux soirs, il était aux Tanneurs à Bruxelles (où décidément il se passe plein de choses passionnantes !) pour y dire, dans une mise en scène sobre et sombre de Thierry Thieu Niang, un admirable texte de l’écrivain français Pierre Guyotat, « Coma ».

Cet écrivain souvent abscons donne ici un texte personnel et bouleversant. En 1980, il sombra dans la dépression. Pendant des mois, il fut pris d’angoisses et de doutes sur son art, qui l’amenèrent au bord du suicide. Il sombra dans le coma et s’en sortit plus ou moins bien : « Après la clinique, écrit-il, ce fut la dépression douce, la guérison lente. La récompense de cette traversée de la mort, c’est, au lieu du palais enchanté qu’on croit avoir gagné à la sueur de son sang mort, un monde désenchanté, sans relief, sans couleur notable, des regards ternes qui ne vous voient plus, des voix toujours adressées à d’autres que vous qui revenez de trop loin, une obligation quotidienne à survivre, un cœur qui ne fait passer que du sang, et du sang qui ne chauffe plus. Il faut attendre. Sans colère. S’appliquer à se nourrir, à dormir, à se laver, à se vêtir, à marcher chaque jour : le tout presque seul et sans même soi-même à ses côtés : essayer par à-coups, si gauche, de reprendre du cœur. Patience, patience. »

Dans ce récit, on entend Guyotat ne plus supporter d’être si sensible au monde, de ne pas pouvoir avoir la liberté du bouvreuil dans le ciel, de se sentir exclu alors qu’on voudrait partager toutes les vies des autres, d’être pris dans « ce jeu intérieur entre un mal que je sais depuis l’enfance être celui de tous les humains, à savoir de n’être que cela, humain, dans un monde minéral, végétal, animal, divin, et une guérison dont personne ne voudrait, qui me priverait, en cas de réussite, de tout courage, de tout désir, de tout plaisir d’aller toujours au-delà, en avant - et dont par intérêt bien compris je ne veux pas. »

Patrice Chéreau vit, incarne, souffre ce texte. Il tremble sur ses jambes et, après le salut final, il est même tombé sur scène, pris par un texte qui nous touche tous, et plus encore les artistes si souvent saisis par le doute, qui frôlent l’angoisse d’où peut surgir une étoile.

G. Dt. - La Libre Belgique - 12 novembre 2011

Représentations & évènements à venir

30 septembre 2021 2 octobre 2021

Condor

Angers

1er octobre 2021

Dans la fumée des joints de ma mère

Toulon

12 octobre 2021 à 20h30

Voodoo Cello

Annecy

13 octobre 2021 23 octobre 2021

Condor

Strasbourg

13 octobre 2021 à 20h30

Voodoo Cello

Argenteuil

16 octobre 2021 à 20h00

Voodoo Cello

Aix-en-Provence

10 novembre 2021 à 20h30

Voodoo Cello

Bordeaux

12 novembre 2021 à 20h30

Voodoo Cello

Soissons

15 novembre 2021 à 19h30

Voodoo Cello

Paris 1e

17 novembre 2021 21 novembre 2021

L’enfant que j’ai connu

Paris 18e

18 novembre 2021 28 novembre 2021

Condor

Bobigny

18 novembre 2021 21 novembre 2021

Mawâl de la terre

Lille

21 novembre 2021 à 18h00

Voodoo Cello

Lille

14 décembre 2021 à 20h30

Dans la fumée des joints de ma mère

Draguignan

15 décembre 2021 à 20h00

Voodoo Cello

Vannes

16 décembre 2021 à 20h30

Voodoo Cello

Nantes

18 décembre 2021

Voodoo Cello

Le Mans