Entretien avec Thierry Thieû Niang

Rencontre avec le chorégraphe qui va présenter, ce 19 novembre à 18h au Musée Delacroix, la performance « D’après Nature ». Il est l’un des artistes invités par Christine Angot dans le cadre de « Regards sur une collection, Christine Angot invitée au musée Delacroix ».

Comment un chorégraphe adapte-t-il son travail pour l’espace non-scénique d’un musée ?

Ce n’est pas la première fois. Dans ma vie, j’ai plus eu le goût de travailler dans des espaces « hors scène », justement, et de chercher dans la danse un espace poétique qui pourrait interroger le mouvement. Pas de façon frontale, comme sur une scène, avec les artifices du théâtre, mais en cherchant les mouvements du corps dans des espaces publics. Ça peut être un jardin, ça peut être un hôpital, une école maternelle, une prison ou un musée… ce sont des endroits que j’ai pratiqués, des endroits que je continue d’investir.
J’ai même travaillé dans des musées, plusieurs fois. En 2010, Patrice Chéreau et le Louvre m’avaient déjà proposé de faire une déambulation dans le musée avec plusieurs générations de danseurs. Avec des enfants, des adultes, des personnes âgées.
Quand Christine Angot m’a proposé d’investir le Musée Eugène Delacroix, j’étais très intrigué, très heureux. C’est plus qu’un musée, c’est presque une maison : il y a un jardin, un atelier, et les pièces sont toutes petites.

Donc, pour cette création, c’est à la fois le lieu public (musée) et le lieu privé (maison) qui vous inspirent ?

Oui, je travaille aussi dans des hôpitaux, dans des prisons. Ce qui m’intéresse n’est pas simplement le fait que ce soit un musée, c’est apporter un mouvement dans les espaces publics aussi bien que dans les espaces privés : la prison est un espace privé, la chambre d’hôpital est un espace privé où le danseur peut danser pour le malade, où le danseur peut faire travailler le prisonnier dans sa cellule.
Il s’agit toujours du corps, de l’espace, et de chercher comment, à un moment donné, la danse peut réparer, pour remettre du lien au monde.

Comment va s’articuler cette performance, « D’après Nature », dans le musée ?

Je suis allé au musée plusieurs fois, visiter l’exposition, lire les textes de Christine Angot. Je m’y suis rendu hier encore avec des danseurs et la chanteuse. Nous avons échangé avec plusieurs personnes : Léonore Chastagner, qui est l’une des commissaires de l’exposition, et Céline qui travaille directement avec le musée. On leur a proposé des improvisations, des exercices et, à partir de là, s’est construit une première ébauche.
Nous souhaitons créer un parcours où le spectateur va passer d’une pièce à l’autre. Et, dans chaque pièce, un danseur ou deux, qui travaillent. La chanteuse déambule en chantant a cappella, pour être au plus proche du spectateur, en passant d’une pièce à l’autre. C’est une chanteuse lyrique, elle va interpréter des mélodies de Fauré, des mélodies de Ravel, elle va chanter du Purcell et du David Bowie. Le spectateur n’a pas de place particulière puisqu’il peut, s’il le veut, tourner autour des danseurs avant d’être amené dans le jardin où on travaillera, tous ensemble, une danse.
Enfin, dans l’atelier, une comédienne dira un texte de Christine Angot tiré de La petite foule (Flammarion) : « La femme qui pleure ». Diana, la chanteuse, clôturera en chantant « La mort de Didon et Enée » tandis que nous danserons dans l’atelier, à la lumière de petites lampes de poche pour rester dans ce rapport « d’après nature ».
Je voulais conserver cette proximité des visages et des corps que j’ai découverts chez Delacroix. Avec ces visages de plusieurs générations, des corps au travail.

On a donc plusieurs lieux de représentations dans « la » représentation…

Tout à fait, je souhaitais créer quelque chose où le spectateur, qui est amené à déambuler dans le musée, puisse avoir son propre regard, sa propre distance, son propre corps qui avance, qui recule. Au cœur de cette promenade, il y a des corps dansants qui passent d’une pièce à l’autre, avec en fil rouge une voix chantante.
Ça nous permet d’être en écho des œuvres de Delacroix, mais aussi de tous les invités artistes de l’accrochage de Christine Angot et son équipe. J’avais envie de questionner ce que c’était que « le paysage ». Ce que c’était que « l’étranger ».

Vous travaillez habituellement avec des non-danseurs, jeunes/moins jeunes. Il est le cas également ici.

Dans le groupe des participants, il y a des enfants, des adolescents, des adultes, des personnes âgées, des amateurs, des professionnels… Il y a une chanteuse d’opéra, avec un petit garçon malien qui vient d’arriver en France et qui est là depuis un an et demi.
Christine connaissait mon travail, nous voulions représenter toute forme de corps. Pas forcément un corps virtuose, un corps d’artiste, particulier, mais tous les corps de notre société, de notre monde. Des corps qui, sans forcément avoir une formation professionnelle ou technicienne, puissent avoir un mouvement poétique à ce moment-là.

Pourriez-vous nous dire un mot sur vos autres projets, qui sont en cours un peu partout en France en ce moment ?

Un de mes projets – qui s’appelle « Au cœur » et qui reprend début décembre – se rapproche de cette thématique des arts plastiques, de la littérature. J’y travaille aussi avec des enfants. C’est un spectacle que j’ai créé au Festival d’Avignon avec une scénographie de Claude Lévêque et des textes de Linda Lê. Ce sera représenté le 10 décembre à la Gaité Lyrique. En même temps, je réalise pour l’opéra Bastille un court-métrage, « Fugu e ». Et, enfin, le 2 décembre, il y a le vernissage d’une exposition à la Collection Lambert en Avignon, du peintre Djamel Tatah, qui m’a demandé de venir avec des enfants de « Au cœur », pour danser dans le musée sur la question du monochrome, du corps identique, du corps répliqué.

Propos recueillis par Garance Marty - La Règle du Jeu - 16 novembre 2017

Voir en ligne : Retrouvez cet entretien sur le site de La Règle du Jeu

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