Thierry Thieû Niang Danses d’aujourd’hui

Jean-Pierre Moulères

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... du printemps !

« Les choses sont ce qu’elles sont parce qu’elles étaient ce qu’elles étaient... »

Hubert Reeves

Le nom de la danse, c’est « ... du printemps »" et c’est comme on dirait du pain, de l’eau, de l’air et de l’amour !

« du printemps ! » et l’on pense éveil, ménage, équinoxe, sacre.

Sacre, Stravinski qui, il y a bientôt un siècle, nous apportait, par ces tableaux de la Russie païenne en deux parties, des nouvelles du grand chantier primitif. Une musique matière, une musique corps, constamment neuve, réjouissante et dramatique qui fit dire à Debussy que dans le Sacre du Printemps ; Igor Stravinsky ait cherché à faire de la musique avec ce qui n’est pas de la musique ! La force, l’exigence folle de cette partition nous a naturellement conduits à essayer de faire de la danse avec ce qui n’est pas de la danse.
Ici, une vingtaine de personnes, au printemps de leur automne, entrent lentement dans la grande ronde des débutant ; ce pourrait être le début de l’histoire : alors qu’un Chronos en baskets, divinité primordiale, entraîne le monde céleste dans une éternelle rotation, d’un germe contenu se distinguent, peu à peu, les figures anciennes et obscures d’une rénovation périodique des mondes ; passé le temps de la surprise et de l’étonnement, le système se met en place. Chacun trouve les pas, provoque les rencontres, signe les gestes qui marquent l’appartenance, invente la solitude et se défait des peaux désormais embarrassantes. Entre ordre et déroute, entre éther et chaos, il n’y aurait pas d’élu à ce rite des cosmogonies mais un ou une qui, porté (e) par les autres, arrive jusqu’au bout de la cérémonie, continue pour ceux qui ne peuvent plus et célèbre, pour chacun l’are des commencements. Ce pourrait être çà le début de l’histoire aussi ; un groupe de vieilles personnes dansant, une course, un cercle, un peu de musique.
Nous avons la chance d’accompagner ce groupe de personnes âgées depuis six ans dans d’étonnants brouillons, bouillons digestes et de mots. Ce sacre « du printemps ! » s’est invité sans qu’on l’attende. Ceux qui dansent on t depuis choisi un nom d’ensemble : Et maintenant ! On peut y entendre une chanson qui continue... Et maintenant... que la jeunesse...

Il fait beau comme jamais.

Nous avons trop souvent tendance à comparer, à opposer amateurs et professionnels, vieux et jeunes danseurs. Ce ne sont pas des amateurs qui dansent ici, mais des personnes impliquées dans une démarche individuelle du parcours de vie. Pour la plupart, ils n’avaient jusque là jamais eu d’expérience en tant que danseurs. Au moment de les recruter les participants de ce projet, aucun casting n’a été organisé. Nous les avons tous acceptés et depuis très peu sont partis. Au fil de nombreuses résidences et sessions de travail, le groupe est devenu lui même curieux du projet ; initiateur des créations partagées.

Pour « du printemps ! » nous avons parlé de Pina Bausch, de Nijinski, des grandes figures du Butô ; nous avons lu des haïkus, des textes d’astrophysique, cherché l’étymologie des mots, vu le travail de Marina Abramovic ou encore celui incroyable de Andy Goldsworthy. Après avoir traversé toutes ces formes diverses et enthousiasmantes, nous sommes arrivés à construire ensemble une forme assez radicale, concentrée, basée sur la marche, la course, le cercle, les énergies complémentaires de la spirale, figure complexe de l’apparition du vivant.

Les danseurs partent d’un noyau central qui pourrait être pré-texte, pré-temps. Peu à peu, ils se détachent de cette matrice originelle, vêtus de noir, de perruques, traces d’un temps antérieur, d’un ancien mouvement, peaux de l’hiver, de l’enfouissement dont ils se défont peu à peu pour rentrer dans une grande course de vitalité, de croissance, une expansion qui finit en jouissance, en victoire. Un parmi tous, non pas élu, mais certainement plus résistant, plus déterminé, porte jusqu’au bout, la force que chacun lui délègue jusqu’au passage de la belle saison. Personne ne disparaît, chacun trouve sa place et continue d’œuvrer par sa présence attentive à l’éveil du printemps.
Dans une spirale infinie, entre condensation et expansion, on danse, pris par deux forces complémentaires : l’une qui nous appelle constamment vers nos origines, vers le noyau de la naissance, la matrice et une autre qui nous pousse à nous détacher, à expérimenter, à accompagner le Chronos en baskets qui court tout au long de la pièce. Ces deux forces conjointes créent l’équilibre, la station debout, le mouvement, la marche, la danse.

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