Thierry Thieû Niang Danses d’aujourd’hui

L’ère du Je

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Il avoue se plaire « dans l’entre-deux ».

Entre Marseille et Paris, la danse et l’opéra (pour lequel il collabore régulièrement avec Chéreau), l’art et la vie. Avec ce nouveau voile levé sur l’atelier qu’il mène depuis trois ans au Merlan auprès de personnes âgées, force est de constater que cet entre-deux réussit à Thierry Niang et n’a rien à voir avec un éparpillement. Car d’une proposition à une autre, des duos aboutis des “anciens” aux improvisations des “nouveaux”, c’est le même sentiment de présence qui se dégage, sur scène comme à travers les images du documentaire de Frédérique Pollet-Rouyer. L’extrême présence de ces « vieux » refusant selon la formule de Bataille de « remettre leur existence à plus tard ». Libérés du regard des autres, connectés à leur corps grâce au méticuleux travail du chorégraphe, ils se transforment et resplendissent. Alain devient le goéland qu’il évoque dans le film. Thérèse, « née le 5 mars 1927 au Vieux Grand Port à l’île Maurice », nous émeut jusqu’aux larmes à tirer sur les coins de sa robe, dans le trio qu’elle danse avec son passé (ensorcelante Ana Gabriela Castro) et la musique singulièrement vivante que le compositeur et guitariste Benjamin Dupé interprète en direct, jouant de l’envoûtement à chaque instant. On ne voit plus alors en eux de simples vieux, mais des individus décidés à être ce qu’ils sont. Des hommes et des femmes entrés de plain-pied dans l’ère du Je : la nouvelle vague de Thierry Niang - puisque tel est le nom de cet atelier - est loin d’être à bout de souffle.

Agnès Freschel - Mars 2008

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