Pas de théâtre au foyer, seulement la dure réalité

Jean-Louis Martinelli met en scène « Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner » de Christine Citti

Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner

Photo : Caroline Bottaro

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À la MC93, de jeunes acteurs « issus de la diversité » donnent corps et voix à des mineurs rencontrés en foyer d’accueil d’urgence dans Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner, un projet théâtral porté par Christine Citti et Jean-Louis Martinelli.

Elle est une présence humble et discrète sur le plateau. Plus observatrice qu’actrice. Elle s’assoit dans un coin, écoute, regarde, prend quelques notes sur un carnet, comme pour se donner de la consistance, garde la face tout en étant bouleversée. Christine Citti rejoue sur scène et sous le nom d’Emmanuelle la comédienne qu’elle était lorsqu’elle a passé les portes d’un foyer d’urgence de La Courneuve. Elle aurait voulu proposer aux résidents de faire du théâtre. Mais trop éloignée de leur univers et de leurs préoccupations, la pratique envisagée sous la forme d’ateliers n’a pas été réalisable. Elle s’est alors attardée à plus simplement chercher à les rencontrer, recueillir leur parole. Et là encore, ce ne fut pas mince affaire. On comprend tout de suite mieux cet endroit si particulier qu’elle occupe dans le spectacle. Quelqu’un qui cherche sa place sans l’avoir vraiment trouvée. Quelqu’un de démuni, d’impuissant face à une réalité qui la dépasse totalement.

Christine Citti a pensé à l’écriture pour témoigner. Elle a repris ses notes, ses souvenirs forcément marquants, s’est autorisée à broder, inventer tout en collant à la réalité vécue. Elle a dessiné des situations, des personnages, plus vrais que nature et a livré cette pièce, Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner, dont le titre est inspiré d’une chanson qui passait en boucle sur les téléphones portables des gamins lors de ses visites.

Sur la scène de la nouvelle salle de la MC93, sont disposés un grand canapé, une fontaine à eau, des tables et chaises de réfectoire. Une boite en plexiglas figure le bureau des éducateurs. On se trouve dans une salle commune impersonnelle et quelque peu similaire à celle des centres qu’elle a visités. De jeunes acteurs dont certains proviennent de l’association Mille visages endossent avec verve et crédibilité la posture sans gêne, sans filtre, et le ton si véhément et parfois agaçant des mineurs tout feu tout flammes.

Ainsi, le spectacle proposé remplit la mission qu’il s’est donné : faire entendre un discours que l’on n’entend peu et rendre compte de l’instabilité permanente d’un cadre explosif où, même sous contrôle, tout peut dégénéré. Il rend compte du travail forcené des éducateurs dépassés par les événements, la charge de travail et le manque de moyens, de la violence inouïe que vivent les adolescents en rupture familiale et sociale, leur errance, leur incommunicabilité, les dangers de la délinquance, de la drogue et même la prostitution auxquels ils sont confrontés. Tout est raconté sans tabou ni sensationnalisme.

Mais là où le spectacle crée le malaise, c’est qu’il se fait le récit compliqué d’une impasse, d’un ratage, pointant l’incapacité et l’impossibilité tenaces de venir en aide, et ce malgré toute la générosité et la sincérité affichées, l’ouverture, la volonté de transmission et de compréhension de ses signataires, le geste se conclut sur un échec. Le fatalisme du propos fait rager. Reste que se dessine une humanité complexe, fragile, à considérer. C’est la raison d’être d’une telle proposition qui est tout à fait significative du solide travail initié par Hortense Archambault à la direction du théâtre de Bobigny, un théâtre de terrain et proche des gens.

Christophe Candoni - Sceneweb - 20 janvier 2019

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