Thierry Thieû Niang Danses d’aujourd’hui

Regarder l’intime pudeur

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Pour travailler avec des amateurs et faire surgir cette émotion-là il faut passionnément les aimer. Thierry Thieû Niang met en scène certains de ces seniors depuis des années, les faisant entrer en danse comme en une virginité nouvelle : certains grands chorégraphes, Pina Bausch, Jean Claude Galotta, ont travaillé avec e vieux danseurs mais pas avec des corps anonymes. Et ce qui est incroyablement troublant est comment ils sortent de l’anonymat, à quel point, avec pudeur pourtant et naturellement ils se dénudent et laissent apparaître leur être avec leur corps. Essence de la danse ? Par le mouvement répété et l’épuisement qu’il induit - ils tournent sans discontinuer, marchant et courant, s’arrêtant tout au long du Sacre du printemps - ce groupes de vieilles personnes qui n’ont jamais dansé et ont entre 60 et 87 ans - oui à 87 ans encore tout au long du sacre - touche à l’essence de l’art chorégraphique : ils se laissent voir, profondément et sous leur peau, débarrassés peu à peu des légers atours, perruques et fluides vêtements noirs qui les dissimulaient. Débarrassés surtout grâce à la fatigue des attitudes sociales, préventions et masques dont on s’affuble tous. A la fin on se souvient de chaque visage, de chaque corps aussi, si différemment marqué par le temps, tellement moins normés que les corps plus jeunes. Monotone ce mouvement circulaire continu dont ils s’échappent peu à peu, un à un lorsque la fatigue trop les atteint jusqu’à ce qu’une reste au centre, élue paradoxale de ce nouveau sacre ?

Agnès Freschel - Décembre 2010

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