Danser le printemps à l’automne

Un documentaire de Philippe Chevallier et Denis Sneguirev

Ils sont vingt-cinq, des femmes en majorité, groupés en rond sur le plateau, comme un corps de ballet ordinaire. Pourtant, ce ne sont pas des danseurs ordinaires, mais des amateurs venus de tous horizons, et fiers de leur âge : entre 60, pour les benjamins, et presque 90 pour la doyenne, ­Maria.

Cette tranche d’âge en pleine expansion - allongement de la durée de vie, vieillissement de la population -, la société l’étiquette d’un mot prosaïque, « senior ». Ici, plutôt des seigneurs, tant il se dégage de noblesse et de grandeur de ces êtres cabossés par les petits bobos et les grandes blessures de l’existence - la maladie, la séparation, le deuil - mais qui continuent le combat - contre le vieillissement, la mise à l’écart de la retraite, le dépérissement affectif. D’où leur participation, filmée par Arte, à un atelier marseillais, en vue d’une chorégraphie du Sacre du printemps, musique d’Igor Stravinsky célébrant par sa sève rythmique le réveil de la nature. Thème et titre ont plu. « Je suis au printemps de mes automnes », savoure Maryse, dont la fraîcheur et l’éclat démentent ses 77 ans. « Les plus fragiles ont des anges gardiens dans le groupe », assure Thierry Thieû Niang. Lui, c’est l’archange gardien, un chorégraphe et metteur en scène qui puise dans sa boîte à outils d’ex-psychomotricien des sésames pour débloquer les ­articulations, déverrouiller les imaginaires. Et réussir à faire courir chacun en rond, à son rythme, pendant une demi-heure. « Tout être est un être dansant » : l’élasticité inépuisable des corps et des sentiments lui donne raison. Présenté au festival d’Avignon en 2011, le spectacle a recueilli tant de succès qu’il a été invité à Paris. Emu par la ferveur de son groupe, Thierry Thieû Niang s’interroge : « Si ce n’est pas de l’art, c’est du moins de la vie. » De l’art à vif.

Gilles Macassar - Télérama - 25 mai 2013


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