Thierry Thieû Niang Danses d’aujourd’hui

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Tournez jeunesse !


Le chorégraphe Thierry Thieû Niang nous présente le résultat d’un atelier de sept ans. Ils sont vingt-cinq séniors à nous donner leur interprétation du ballet qui fit scandale : Le sacre du printemps. Ce n’est pas la première fois que Thierry Thieû Niang travaille avec des amateurs. Sorti du monde de la danse et des chorégraphes professionnels contemporains, il mène des projets avec des adolescents, des personnes autistes ou mélange les générations. Si l’atelier commencé il y a sept ans, il ne s’attendait pas à donner le jour à un spectacle sur les planches du théâtre de la ville, Thierry Thieû Niang y voit un questionnement social. Replacer les seniors sur la scène permet de leur redonner une place dans la société et dans le monde de l’art en témoignant de leur créativité tout aussi active, que celle des plus jeunes. Il exprime un beau message, conscient de la réalité de notre société à la population vieillissante et où l’activité des seniors pose un certain nombre de question.

Si Thierry Thieû Niang a chorégraphié des amateurs, il s’entoure néanmoins de grands noms pour présenter son travail. Patrice Chéreau ouvre le spectacle par une lecture des cahiers de Nijinski. Thierry Thieû Niang voulait un comédien renommé et un très bon lecteur. De plus, Patrice Chéreau fait parti de cette génération de sénior. Il est une figure du spectacle vivant français et témoigne encore d’une activité soutenue. La lumière est signée par Eric Soyer qui sait nous enchanter. La lumière crée la richesse visuelle et la scénographie du spectacle. Eric Soyer rythme le spectacle par ses changements d’ambiance et crée des images d’une esthétique remarquable.

L’interprétation de la chorégraphie reste très libre et diverge beaucoup entre chaque spectateur, mais le thème de l’écoulement du temps semble récurant. Comme un noyau central, le lecteur se voit entouré d’un cocon formé par les vingt cinq danseurs qui entrent progressivement dans un cycle rotatif, une course en rond à rythme variable. Des images nous apparaissent comme celle de l’atome formé par son noyau et son neutron qui gravite autour de lui. L’atome est aussi cellule du corps de l’embryon qui prend de l’ampleur. C’est le cycle de l’univers et des planètes, mais aussi de la société dans laquelle nous vivons, celle de la vie d’un individu qui nait qui mène sa course contre la montre et qui meurt. Chacun des acteurs de cette course semble très libre dans son rythme, dans ses arrêts et ses reprises de marche. La lumière d’Eric Soyer les encadre et leur offre une nouvelle dimension plus poétique. Dans les créations d’Eric Soyer, l’obscurité prend corps et mène un combat contre la lumière. L’espace change pour souligner parfois la profondeur de la salle ou bien au contraire dessiner un tableau composé de silhouettes sur les planches du théâtre. La lumière est un ajout après la naissance du projet chorégraphique, pourtant elle semble dialoguer avec lui, elle semble même vouloir s’imposer à lui en lui délimitant des espaces et des esthétiques.

Le spectateur passe l’heure à attendre, à guetter les interactions entre les participants, à observer les mouvements de formation qu’ils prennent sur le plateau. Le sacre du printemps c’est aussi la vie qui se débat avec la mort, comme le printemps vient chasser l’hiver. Une lutte menée par ces seniors dans un effort physique de longue halène, entretenu par des pauses et des accélérations. C’est l’individu qui navigue dans le flux de son existence, c’est aussi un individu social qui mène sa vie au milieu des autres. Chacun sort de la ronde un par un, selon son grès.

Ce spectacle ne laisse pas indifférent. Il laisse perplexe, émeut ou agace. Y a-t-il un manque de rupture dans la chorégraphie qui ne comble pas notre attente de spectateur ? C’est l’aboutissement d’un travail personnel accompli par chaque participant que le public peut avoir du mal à saisir. Il faut reconnaitre une frustration chez le spectateur qui a posé un regard contemplatif et réflexif sur ce qui se passait devant lui mais qui n’est pas forcement transporté par une évolution de l’émotion. Une distance nous sépare lorsque nous aurions aimé vivre avec eux la course folle qu’ils incarnaient. Nous nous disons après coup que nous aurions peut-être mieux fait de nous rapprocher, d’aller palper physiquement ce qui se passait sous nos yeux, peut-être même courir avec eux et ne pas rester spectateurs passifs assis dans notre fauteuil.

Julie Montpellier - Le Souffleur - Septembre 2012


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