Thierry Thieû Niang Danses d’aujourd’hui

Lignes de fêlure

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Une écrivaine et un danseur créent un spectacle mystérieux et poétique, né de rencontres avec des autistes. Elle n’est pas comédienne, et n’entend pas le devenir. Si bien qu’au centre du plateau de Thierry Thieû Niang, Marie Desplechin n’est que Marie Desplechin, auteure et diseuse d’un texte qui commence par « Madame, Monsieur, quand j’allais à l’hôpital psychiatrique de Maison Blanche… » Voilà. Dans une vie plus ou moins lointaine, l’écrivaine a connu ce sentiment d’être « enfermée dans le monde de dehors » séparée comme par un gouffre d’un « enfermé dedans » qu’elle tentait de rejoindre « dans le pavillon 46 qui était un pavillon fermé. » Puis dans une vie plus ou moins proche, elle a regardé Thierry Thieû Niang, chorégraphe danser en duo avec quatre adolescents autistes.

Après il n’y a plus eu qu’à raconter. Elle dit : il danse, c’est aussi simple que cela. Sauf que les danseurs s’inspirent d’une même choses volatile et impénétrable, accompagnés de menues cordes en dégringolade sous les doigts du guitariste Benjamin Dupé. Elle a dans la voix une espèce d’auto-dérision nonchalante et sincère. « Tu entres dans la salle de répétition, Martin. Je peux te voir, je peux te parler, je peux te toucher et je sais que rien n’arrivera de moi jusqu’à toi. Nous avons l’air malin, tous les deux. Toi qui ne souris jamais et moi qui ne désouris pas. Un jeune fou, une vieille idiote dans une salle des répétitions. »

Sur le plateau, Thierry arpente sans la voir une toile striée de diagonales noueuses et organiques, saute, marche, court sur les lignes, couche son corps le long des angles. Gestuelle métronomique ou erratique, instants d’immobilité et vibratos intempestifs, il fait une danse de ses rencontres avec les adolescents. Et Marie raconte comment il les a imités, provoqués, portés contre son torse ou sur son dos, jusqu’à ce que leurs symptômes et stéréotypies se transforment, étranges chorégraphies, en concentrés de poésie.

Si Patrice Chéreau dans le rôle de « regard extérieur » n’avait pas eu le bon goût d’insister, ces instants éphémères au royaume de l’épidermique n’auraient pas forcément fait spectacle. On en gardera longtemps le souvenir d’une chose insaisissable, qui empoigne à bras le corps en même temps qu’elle fait vibrer la corde sensible.

Cathy Blisson - Juin 2009

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