TGP / Le mouvement en majesté

Le chorégraphe Thierry Thieû Niang voit l’aboutissement du travail sur le geste et la danse qu’il mène depuis deux ans avec une cinquantaine de Dionysiens, hommes et femmes, d’origines et d’âge différents, autour du thème de la migration.

« Ces femmes sont des reines. Et l’enfance est le royaume du possible. » Le chorégraphe Thierry Thieû Niang ne cache pas son enthousiasme quant au projet qu’il mène depuis près de deux ans et qui trouvera son aboutissement du 2 au 4 juin au TGP. Ses Majestés, d’où l’évocation des reines et du royaume, est le titre du spectacle qui sera donné par une cinquantaine de participants dans la grande salle Roger-Blin et qui prend aussi sa source dans l’histoire dionysienne, abri des rois et reines d’hier et berceau de ceux et celles d’aujourd’hui. Sur la scène évolueront des femmes de l’association Femmes de Franc-Moisin, des enfants de l’accueil de loisirs Descartes, des collégiens, des jeunes qui participent au spectacle Au Cœur, autre aventure menée par Thierry Thieû Niang (et qui sera repris pour une représentation exceptionnelle le 11 juin, toujours au TGP), des retraités de la ville, des apprentis comédiens, la fanfare du Jazz Club d’Emmanuel Bex ou encore des judokas du Sdus...

Certains se souviennent qu’une première mouture de Ses Majestés avait été présentée en juin 2016 au musée d’art et d’histoire. « Ce travail est la suite de celui entrepris par Didier Ruiz avec Valse, qui portait sur le texte et la parole. Nous, nous abordons le geste et le mouvement dansé, explique Thierry Thieû Niang. J’ai d’abord travaillé avec les enfants, puis avec ces femmes de Franc-Moisin qui ont des cultures différentes, des rapports au corps, notamment en public, différents. Puis tous les autres. La plus jeune a 8 ans, le plus âgé 77 ans ! » Et toutes ces générations ses sont penchées ensemble sur un thème large et d’actualité, la migration. « Que se passe-t-il quand un groupe traverse un autre groupe ? Par exemple, les enfants et les adultes, ceux qui sont nés en France et ceux qui sont nés ailleurs... Bref, que se passe-t-il quand un corps étranger arrive ? », questionne le chorégraphe. Mais celui-ci, citoyen du monde, est homme de spectacle et parle aussi de jeu, de formes ludiques et poétiques. « Nous avons aussi travaillé sur la migration des oiseaux et plus largement des animaux, et bien sûr des populations : comment se déplacent-ils ? Comment sont-ils accueillis ? »

Cassie a 10 ans, est écolière à Jules-Vallès et parle de son aventure avec un enthousiasme étonnamment mature. « Ici, c’est comme une famille. C’est ma troupe !, s’exclame-t-elle. Travailler avec des gens de tous les âges m’a enrichie dans ma vie. Quand je danse, je ressens en moi une nouvelle énergie. Et puis ce thème de la migration est important. On est chassé, enlevé de chez soi et on se redresse... Nous sommes de cultures différentes mais en se rencontrant, on trouve toujours des ressemblances avec les autres... » À ses côtés, Luis Jean-Pierre, 15 ans, lycéen à Suger, est lui aussi sensible à la thématique choisie. « Quand on migre, c’est pour une nouvelle vie. On se crée des familles, on sème notre graine, puis on repart, rien n’est fixe... » Demet, habitante de Franc-Moisin, sait de quoi il est question : professeure d’histoire en Turquie, elle a voulu rejoindre son mari étudiant en France avec ses deux enfants. Elle est ici depuis quatre ans. Elle a connu la solitude, l’isolement. C’est pour cela qu’elle a voulu apprendre le français, « pour intégrer la société française », dit-elle. Avec l’association des Femmes de Franc-Moisin, elle participe au projet Valse, et c’est naturellement qu’elle a rejoint Thierry Thieû Niang, trouvant même que danser est plus facile que parler en public. « La migration est un sujet très actuel, c’est un grand problème du monde. Le spectacle fait bien sûr écho à mon propre parcours, mais c’est surtout la manière de regarder l’autre qui est important. Il faut détruire les clichés, les a priori pour vivre ensemble en paix. Même si on n’a pas les mêmes cultures, origines, religions, quand on se regarde, on est d’abord des êtres humains... » Parole de reine.

Benoît Lagarrigue - Le Journal de Saint-Denis - 2 juin 2017

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