Thierry Thieû Niang Danses d’aujourd’hui

Thierry Thieû Niang

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Culture et démocratie


Aujourd’hui en effet plusieurs structures artistiques et culturelles pratiquent des échanges avec d’autres artistes vivant dans des pays où, semble-t-il, tout est à (re)construire.
La culture est un outil de reconstruction citoyenne, individuelle et collective.
Elle ne doit pourtant pas être envisagée uniquement comme vecteur d’échange « diplomatique » avec présentation de spectacles ou de soirées « folkloriques » ; d’un pays l’autre.

Il va s’agir d’inventer un projet de collaboration, d’invention et de création entre les deux partenaires ; les deux pays ; les deux structures et/ou artistes.
De questionner les traditions, les transmissions artistiques et les savoirs culturels de chaque partie ; de chercher ensemble des espaces et des temps qui font sens et lien dans ce qui re-lie et singularise les partenaires.
Il existe des bourses de recherche et de création ; de résidence artistique de part et d’autre dans les pays ; d’échange entre les ministères et les ambassades et leurs services culturels ; il existe aussi des temps forts comme des festivals ou rencontres bilatérales dans le cadre de manifestation exceptionnelle mais ils restent singuliers et ne s’inscrivent pas toujours dans une réelle coopération.

Ainsi il nous faut réfléchir toujours en quoi cette dite coopération peut s’inscrire dans de vraies réalités ; sans arrière pensée nostalgique ou démagogique ; sans attitude paternaliste ou pédagogique.

A plusieurs reprises j’ai été amené à travailler, à être invité à travailler dans des pays autres : plusieurs pays en Europe évidemment - Belgique, Portugal, Espagne, Italie, Autriche, Allemagne - aux Etats-Unis et au Brésil ; mais aussi en Afrique, au Burkina Faso, Kenya, Nigeria ; en Asie au Vietnam et au Japon.

Des bourses du ministère de la Culture, des échanges entre théâtres, opéras, musées et compagnies de danse ; des invitations d’artistes ou des centres ou services culturels français à l’étranger pour des temps de travail et d’échange entre deux et vingt quatre mois.
Il ne s’agissait pas simplement de re-faire un spectacle ailleurs ; mais souvent de travailler avec des artistes ou des théâtres ou structures sur place ; des écoles et des collèges, des institutions spécialisées - des hôpitaux, des orphelinats, des prisons.

Echanger mon expérience de danseur et chorégraphe avec d’autres publics, d’autres lieux comme d’autres mouvements, d’autres paroles et autres pensées au présent. Et recevoir en échange ce qui se travaille, s’invente, se partage et s’oeuvre à ces endroits là.

Ce que je voudrais noter là aussi, c’est que même ici en France ou en Europe, je travaille à cet échange, à ce que j’appelle une « création partagée » entre ce que je connais de la danse et ce que je peux échanger avec d’autres. Les autres.

D’autres corps - des enfants, des adultes, des seniors, des handicapés et des prisonniers, des amateurs et des professionnels - proches et lointains ; d’autres cultures - Afrique du Nord, Les Comores, le Vietnam...

J’ai travaillé dans des théâtres, des opéras, des écoles maternelles et élémentaires, des lycées professionnels, des universités, des écoles d’art, des prisons et des hôpitaux.
J’ai cherché avec des amateurs - enfants, adolescents, adultes et seniors - et des professionnels - danse, musique, arts visuels, théâtre, littérature - un mouvement dansé de « nos communautés de présences » : une danse partagée, ni technique, ni virtuose mais au présent et sensible et singulière à chacun et à tous ensemble ; qu’il s’agit de lycéens ou d’adolescents autistes, de mères et de leurs enfants d’une association de quartier ou de jeunes chanteurs lyriques européens.

Créer c’est transmettre, mettre en rapport, en partage aussi bien dans la forme que dans le propos, que dans l’expérimentation et l’imaginaire, que dans la pensée à venir et le corps au présent.

Comment créer quelque chose qui interroge et déplace notre regard et notre vivre ensemble ? Dans le ici et maintenant. L’ailleurs et le toujours.

Le mouvement est partout – théâtre, opéra, cinéma, arts visuels, danse, philosophie, poésie - ; il s’inscrit dans des traversées multiples entre le singulier et le collectif, le réel et l’imaginaire, l’intime et l’altérité.

Des traversées faites de ces paroles ouvertes, ces lieux de l’en commun, des apprentissages et des transmissions, des passages et des espaces de partage, de rencontres inédites et renouvelées, fragiles et constituantes.

L’art et la culture peuvent faire émerger ainsi de nouvelles constructions solidaires et politiques ; s’incarner dans des réalités sociales, multiples et décloisonnées.

C’est toujours à partir de résidence, de temps commun partagé d’un lieu autre, que chaque projet a trouvé son identité et son développement, par la présence même des artistes au travail auprès des lieux et des gens qui y vivent et travaillent.

Aujourd’hui je sais que c’est dans ces lieux et temps particuliers que je veux questionner encore et encore la thématique du passage, de l’altérité en mouvement : fragment, territoire et frontière.

C’est être au cœur de ce processus, au cœur de ce dispositif inédit où le lieu accueille dans ses murs la présence d’un artiste et de son équipe au travail.
Ainsi plusieurs acteurs – les structures et les équipes artistiques, pédagogiques et techniques – travaillent à cet « en commun » de temps et d’espace pour poursuivre ainsi chacun et ensemble un déplacement de pratiques et de regards, de transmission de savoirs et d’imaginaires, de langages et formes.

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